Des joints qui s’effritent entre les carreaux, de la mousse verte qui s’installe dans chaque fissure, de l’eau qui stagne après la moindre averse : on voit ça sur la majorité des terrasses carrelées de plus de dix ans. Le réflexe courant consiste à reboucher les lignes visibles avec du mortier frais. Le problème, c’est que colmater un joint sans comprendre pourquoi il a cassé ne fait que déplacer la fissure.
Avant de sortir la raclette, il faut poser un vrai diagnostic du support et choisir un produit de jointoiement adapté aux contraintes extérieures.
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Pourquoi les joints de terrasse cassent au même endroit chaque année
On accuse souvent le gel, et à raison : les cycles gel-dégel font éclater un mortier poreux en quelques hivers. L’eau s’infiltre, gonfle en gelant, et fait sauter le joint sur toute sa longueur.
Le gel n’explique pas tout. Une terrasse carrelée subit aussi des dilatations thermiques importantes entre l’hiver et l’été. Si les joints de fractionnement sont absents ou mal positionnés, ces mouvements se reportent directement sur les joints de carrelage, qui n’ont pas la souplesse nécessaire pour encaisser le travail du support.
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Les dernières versions des DTU encadrant la pose en extérieur (notamment le NF DTU 52.1 de février 2020 et le NF DTU 52.2 de juin 2022) insistent sur des trames de fractionnement plus serrées qu’auparavant. Sur beaucoup de terrasses rénovées il y a quinze ou vingt ans, ces fractionnements n’existent pas ou leur espacement dépasse les référentiels actuels.
Résultat : les fissures reviennent parce que le découpage du support est insuffisant, pas parce que le mortier est de mauvaise qualité.

Diagnostic du support avant jointoiement : ce que le DTU impose en rénovation
On ne peut pas rejointer une terrasse fissurée sans vérifier l’état de ce qui se trouve sous le carrelage. Depuis les mises à jour récentes des DTU, la réception du support est une étape à part entière, avec des tolérances strictes.
Les points à contrôler avant de toucher aux joints
- La planéité du support : un désaffleurement entre deux zones de la dalle signale un tassement différentiel ou un défaut de la chape. Rejointer par-dessus ne résoudra rien.
- La présence et l’état des joints de dilatation : ils traversent toutes les couches (dalle, chape, carrelage). S’ils sont bouchés au ciment, il faut les dégager et les regarnir avec un mastic souple compatible extérieur.
- L’adhérence des carreaux existants : on tape au maillet caoutchouc. Un son creux sur plusieurs carreaux consécutifs indique un décollement de la colle, pas un simple problème de joint.
- La pente d’évacuation : une terrasse extérieure doit évacuer l’eau de pluie. Si l’eau stagne, elle finira par saturer les joints, quelle que soit leur qualité.
Un joint neuf posé sur un support dégradé ne tiendra pas plus d’une saison. Si le diagnostic révèle un problème de chape ou de structure, la reprise des joints seuls ne suffit pas. On traite d’abord le support, ensuite seulement le jointoiement.
Mortier, époxy ou mastic souple : choisir le bon produit de jointoiement extérieur
Le choix du produit dépend directement du type de joint à traiter. Un joint entre carreaux et un joint de fractionnement n’ont pas du tout la même fonction, et on ne les garnit pas avec le même matériau.
Joints entre carreaux : mortier formulé pour l’extérieur
Pour le jointoiement carrelage extérieur courant (les lignes entre chaque carreau), on utilise un mortier de jointoiement classé pour usage extérieur, résistant au gel et à faible absorption d’eau. Les produits standards d’intérieur, même hydrofuges, ne tiennent pas face aux amplitudes thermiques d’une terrasse exposée.
La résine époxy offre une imperméabilité quasi totale et une résistance mécanique supérieure. En revanche, sa mise en œuvre est plus exigeante (temps ouvert court, nettoyage immédiat obligatoire) et son coût nettement plus élevé. On la réserve aux zones très sollicitées ou aux terrasses en surplomb où l’étanchéité est critique.
Joints de fractionnement et de dilatation : mastic souple obligatoire
Un joint de dilatation ne se remplit jamais avec du mortier rigide. Sa fonction est d’absorber les mouvements du support. On utilise un mastic polyuréthane ou silicone spécifique extérieur, appliqué sur un fond de joint (cordon mousse) calibré pour laisser le mastic travailler en élasticité. Boucher un joint de dilatation au ciment est l’erreur la plus fréquente en rénovation, et la plus destructrice à moyen terme.

Méthode de reprise des joints sur une terrasse carrelée fissurée
Une fois le diagnostic posé et le produit choisi, la reprise suit un ordre précis. Sauter une étape compromet la durabilité du résultat.
On commence par dégarnir les joints abîmés sur toute leur profondeur, pas seulement en surface. Un grattoir à joints ou un outil oscillant multitool permet de descendre jusqu’au support sans abîmer les bords des carreaux. Les résidus de mortier et la poussière sont aspirés : un joint propre et sec garantit l’accroche du nouveau mortier.
On humidifie légèrement les flancs des carreaux (pas de détrempage) pour éviter que la terre cuite ou le grès n’absorbe l’eau du mortier frais trop vite. Le mortier se pousse à la raclette en diagonale des joints, en veillant à remplir toute la profondeur. Le lissage se fait quand le mortier commence à tirer, pas avant.
Pour les joints de fractionnement et de dilatation, on pose le fond de joint en mousse, puis on applique le mastic au pistolet. Le lissage au doigt mouillé (eau savonneuse) donne un profil concave qui facilite l’écoulement de l’eau de pluie.
Conditions de chantier à respecter
La température du support doit rester au-dessus d’un seuil minimal (les DTU précisent des conditions de température et d’humidité). On évite les journées de forte chaleur où le sol dépasse une quarantaine de degrés en surface : le mortier sèche trop vite et n’a pas le temps de faire sa prise correctement. L’idéal reste une journée couverte, sans pluie annoncée dans les heures qui suivent l’application.
Erreurs récurrentes qui condamnent un jointoiement extérieur
En rénovation, on voit régulièrement trois erreurs qui expliquent pourquoi les joints refaits ne durent pas :
- Reboucher un joint de dilatation avec du mortier rigide, ce qui bloque les mouvements du support et provoque des fissures en étoile sur le carrelage adjacent.
- Appliquer un mortier neuf sur un ancien joint simplement gratté en surface, sans dégarnissage complet. L’accroche est insuffisante et le joint se décolle en quelques mois.
- Négliger l’évacuation de l’eau : si la pente de la terrasse est défaillante, l’eau stagne dans les joints et accélère la dégradation, même avec un produit de qualité.
Le jointoiement d’une terrasse extérieure en rénovation n’a rien de sorcier, mais il demande de la méthode. Traiter la cause avant le symptôme, c’est la seule façon de ne pas recommencer le même chantier l’année suivante.

